Un Danone au goût ketchup ?
Depuis plusieurs semaines court en effet la rumeur selon laquelle le groupe américain PepsiCo (Pepsi-Cola, chips Frito Lay, céréales Quaker ou jus de fruits Tropicana), serait en train de fomenter une offre publique d'achat (OPA) sur le géant français de l'agro-alimentaire Danone (Danone, Evian, Lu, Volvic).
Cette rumeur devient de plus en plus une affaire d'Etat. De Laurent Fabius à Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, de Dominique Strauss-Kahn au député UMP souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, ou encore d'Henri Emmanuelli à Luc Guyau, président des chambres d'agriculture, tous sont d'accord sur le fait que Danone doit rester en France. Une voix discordante se fait néanmoins entendre. Il s'agit de Renaud Dutreil, ministre des PME, qui préconise de laisser le marché agir seul.
Je pense que le groupe agro-alimentaire français Danone est véritable mine d'or financière car en perpétuelle croissance et exportant dans tous les pays du monde ses produits. Mais, il constitue aussi un facteur structurant de notre agriculture française et européenne. Dès lors, il me paraît important que Danone reste européen.
Faut-il tout faire pour tenter de s'opposer à une OPA qui serait hostile envers Danone qui plus qu'un fleuron, est une entreprise particulière car elle procède de l'équilibre de notre production agricole, c'est aussi un facteur structurant des PME françaises et européennes, comme le dit Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale ou laisser le marché faire son oeuvre ?
L'Etat peut toujours intervenir comme il l'a déjà fait en décourageant Siemens de convoiter Alstom, pourtant mal en point, en 2003 ou pour favoriser le rapprochement des deux français Sanofi et Aventis, face au suisse Novartis. Avec, il faut bien le dire, un certain succès, au moins pour Sanofi-Aventis, qui est aujourd'hui le numéro quatre mondial de la pharmacie. Néanmoins, sa passivité lors de l'OPA du canadien Alcan sur Pechiney n'a guère tourné à l'avantage de l'ancien fleuron français de l'aluminium, dépecé en partie par son repreneur.
Néanmoins, je crois que Danone devrait d'abord restructurer son capital afin de pouvoir faire face à ce genre de tentative et continuer sa route de manière plus forte. Car, ne soyons pas dupe, si Nestlé arrivait en chevalier blanc et achetait Danone, le nouveau groupe, au nom du respect de la concurrence, devrait céder des pans entiers d'activité, notamment dans les eaux minérales, où la domination du groupe suisse serait excessive. Or, les repreneurs industriels pour ces activités ne sont pas très nombreux sur la planète, les plus crédibles étant Coca-Cola ou PepsiCo.
Jérôme Charré




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